Urban Griot, s’appelle le disque. Un parfait résumé de la double identité défendue par ce Black longiligne, pommettes saillantes et yeux rusés, ce voltigeur de la rime à la voix bondissante et magnétique. Un artiste droit et intègre, au charisme scénique évident, à la fois habité par l’oralité de ses ancêtres subsahariens et le phrasé sec et précis des ruelles marseillaises ou afro-américaines. Un auteur qui cite les penseurs Senghor ou Césaire, et rend hommage dans « Ali Boumayé», morceau survitaminé, qui explosera le thermomètre des salles de France, à l’attitude rebelle de Mohamed Ali. L’icône des seventies volait comme un papillon et piquer comme une abeille. Toko Blaze, style aérien et virevoltant, se sert de sa tchatche comme d’un instrument et met son imparable force de frappe verbale au service d’un reggae-ragga au triple impact : constater l’étendu des dégâts, clouer au pilori les relents coloniaux, réveiller les consciences assoupies.
Dix titres ou chaque mot compte. Du poignant «Made In douleur» au consciencieux «Ton Héritage», de l’offensif « Génération Kunta kinté » à l’enlevé « Negra Musica », un univers se dessine. Celui de Toko Blaze ne fait pas de place à l’esbroufe. Il fait danser et penser. Parfaitement servi par les productions variées de Rastyron, Toko Blaze ne craint pas de s’aventurer loin de ses bases. Mais sans jamais en trahir les fondamentaux. Transmettre l’héritage du griot. Porter haut la parole du bitume.
Laurent D’Ancona,