Baltazar Montanaro-Nagy, violoniste aux influences multiples ‒ méditerranéennes et hongroises de par ses origines ‒ développe depuis un moment déjà un intérêt affirmé pour les musiques ouvertes et se passionne pour les sons et les bruits cachés de ce « si petit morceau de bois » : tout y passe, les cordes mais aussi le corps même de l’instrument (archet, chevalet…), en quête d’un nouveau matériau sonore, source d’une émotion renouvelée.
A deux pas de ses réflexions, il rencontre le japonais Tadahiko Yokogawa, maître en musique acousmatique et MAO, aimant lui aussi travailler la matière musicale, et qui, à travers sa démarche électronique, permet une exploration presque infinie du violon.
Red Rails est né… Rencontre organique et digitale d’un violon et d’un ordinateur.
Le jeu est simple : le violon est la source, il crée les mélodies et les ambiances. Puis l’ordinateur enregistre, traite et réorganise la matière, en temps réel. Les deux artistes cherchent incessamment à se surprendre l’un l’autre en prenant le jeu comme processus d’improvisation. Cela donne naissance à une musique intuitive, se construisant par couches successives, où transparaissent toujours des inspirations mélodiques des musiques traditionnelles d’Europe de l’est.
Un troisième complice, Serge Ortega, vient agrémenter cette conversation violon/ordinateur par des effets et samples, en jouant sur les intensités, les couleurs et les filtres tout en travaillant finement la spatialisation des sons, ce qui donne une âme supplémentaire à l’ensemble.
L’architecture sonore prend réellement forme avec la présence de Dominique Poutet «Otisto 23», réalisateur de nombreux albums électroacoustiques (tous les disques de Gaël Horellou sur le label DTC Records, «Pc Pieces» et «Fly!» avec Laurent de Wilde…), qui taille, affine et sculpte la matière pour cet album si singulier.
Mais au-delà de la technique utilisée c’est bien à la sensibilité des deux artistes que l’on doit la réussite de ce disque. Red Rails se vit comme un poème électroacoustique où les boucles répétitives de Tadahiko répondent aux inspirations traditionnelles de Baltazar et donne à entendre une musique quasi cinématographique, qui laisse imaginer un paysage sonore en perpétuel mouvement.
Le projet se déploie sur scène avec la création multimédia de Renaud Vercey, reprenant pour trame les illustrations de la BD «Caresses Déraillées» réalisée par Baltazar Montanao-Nagy en 2008.